"Un panorama de nos attachements"



"Un panorama de nos attachements" est l'un des trois textes de présentation de l'exposition "Des Milliers d'ici, Atlas de Lieux infinis", co-réalisée par l'Ecole urbaine de Lyon et Encore Heureux Architectesqui sera présentée aux Halles du Faubourg, du 8 novembre au 29 décembre 2019 (vernissage le 7 novembre, à partir de 18h30). 

Par Valérie Disdier, chargée de valorisation de projets scientifiques et de la programmation de l’Ecole Urbaine de Lyon. 

Avec ces 8 318 fiches anonymes, nous n’avons que des conjectures. Est-ce une contribution fidèle au propos de l’exposition ? Ou bien est-ce une interprétation libre des mots Lieu et Infini entendus séparément ?

Littéralement, l’expression Lieux infinis oppose l’ici et l’ailleurs, dans le paradoxe d’un endroit situé qui a la capacité de nous emmener au-delà. Comme titre d'exposition, Lieux infinis évoquait des espaces à l’intérieur desquels tous les possibles pouvaient se réinventer dans le temps au gré des apports de leurs « habitants ». La majorité des contributeurs y a vu tout autre chose. Beaucoup ont exploré d’autres rivages : la beauté naturelle, la trace historique ou la fiction, jusqu’aux extrêmes des expressions personnelles qui ont proposé leur propre chambre ou notre univers tout entier.

Certains ont vu la nature (13 %) spectaculairement belle, exempte de traces habitées. Des montagnes aux parc classés « naturels », des forêts aux déserts. Mais de la plus vive à la plus glacée, c’est à la nature liquide que revient la palme : océans, mers, plages, cascades, îles, lacs et rivières occupent le devant de la scène. On devine une déclaration d’amour pour la biosphère qui n’est pas si surprenante, à l’heure de la prise de conscience grandissante de la beauté fragile de notre planète.

Certains ont vu des ruines (6 %) et du patrimoine (14 %), qui sont nos restes édifiés. C’est l’image d’un passé abandonné ou délaissé, préservé ou magnifié. On peut y lire la fierté et l’attachement à ces symboles de l’inventivité et de la créativité des bâtisseurs. Mais se glisse une tristesse aussi, face à des mondes engloutis - des sites antiques aux cathédrales industrielles -, et quantité de sites cultuels européens délaissés faute de candidats. On découvre aussi l’existence d’un gisement potentiel d’espaces à réactiver, sans pour autant rajouter à l’empreinte constructive existante.

Beaucoup ont vu les lieux de la quotidienneté : des ensembles de territoires habités (26 %) et les activités qui y sont nées (28 %). De la rue au quartier, du village à la ville dans toutes ses échelles, ces densités habitées sont celles où on travaille, on s’éduque, on commerce, et depuis peu que l’on visite et où l’on s’amuse. Dans cet urbain généralisé, nombre de réponses ont plébiscité l’espace public, comme une figure spatiale symbolique primordiale.

Et bien entendu, de nombreuses propositions ont contribué à enrichir l’atlas de nouveaux lieux infinis (13 %), en résonance avec l’exposition éponyme. Des friches, des squats, des initiatives locales et citoyennes, des « labs », des jardins partagés, des occupations d’espaces publics. Des expériences temporaires ou pérennes, institutionnalisées ou plus en marge, mais qui réinventent toutes des dynamiques collectives.

Par dessus-tout, à l’heure du virtuel et de la grande toile, ces projets nous parlent de l’importance du lieu, et de nos divers attachements à son endroit. Nous pensons que ces Milliers d’ici disent quelque chose de notre monde urbanisé et des vies que nous y inscrivons — toujours-déjà des vies avec les lieux, qui s’affirment bel et bien comme des prises essentielles de la co-habitation humaine.