Conférence

Tokyo olympique : ville renaissante, capital(e) fragmenté(e) ?

Le 17 novembre 2021

16h-18h (heure française).

Par Raphaël Languillon-Aussel, chercheur à l’Institut français de recherche sur le Japon (Maison franco-japonaise, UMIFRE 19) de Tokyo et chercheur associé à l’Université de Genève.
Une conférence en ligne dans le cadre du séminaire "Approches urbaines et anthropocènes", proposée par la Chaire conjointe de recherche entre l'Université d'Ottawa et l'Ecole urbaine de Lyon (UdL) sur l’urbain anthropocène.

SUR INSCRIPTION
Village olympique flambant neuf et encore fermé de Tokyo 2020 aménagé sur le terre-plein de Toyosu, dans la Baie de Tokyo - Raphaël Languillon-Aussel, 11/11/2021
Village olympique flambant neuf et encore fermé de Tokyo 2020 aménagé sur le terre-plein de Toyosu, dans la Baie de Tokyo - Raphaël Languillon-Aussel, 11/11/2021

Dans le cadre du séminaire "Approches urbaines et anthropocènes", la Chaire conjointe de recherche entre l'Université d'Ottawa et l'Ecole urbaine de Lyon (UdL) sur l’urbain anthropocène a le plaisir de vous convier à la conférence en ligne du chercheur Raphaël Languillon qui propose un examen de 20 années de politique de régénération urbaine menée dans la ville de Tokyo.

Pour assister à cette conférence en ligne, merci de vous inscrire par mail auprès de : ecole.urbaine@universite-lyon.fr
Vous recevrez, par la suite, un lien de connexion.

Résumé de la conférence :
Après dix ans de crise urbaine consécutive au dégonflement de la bulle financière en 1991, le gouvernement central japonais édicte, en 2002, une nouvelle loi d’aménagement urbain, qu’il nomme loi de renaissance urbaine (Urban Renaissance Special Measure Law). Son but était de remobiliser les actifs fonciers rendus toxiques par l’éclatement de la bulle, et de remédier à la multiplication de terrains non ou sous-utilisés dans les centres des principales métropoles japonaises, en particulier Tokyo. Cette loi permettait de créer un nouveau zonage spécial, appelé Urban Regeneration Urgent Redevelopment Area (URUDA), dans lequel les aménageurs privés pouvaient déroger au droit commun du code de la construction et de l’urbanisme, et bénéficier de nouveaux droits (aides publiques, emprunts à taux privilégiés, procédures administratives simplifiées et accélérées…).

Renforcée en 2011 par de plus amples assouplissements aux régulations urbaines et au code de la construction, la politique de renaissance urbaine a été complétée la même année par un autre zonage complémentaire, permettant la délimitation de Special Zones for Asian Headquarters, dont le but est d’attirer à Tokyo les sièges régionaux est-asiatiques de grands groupes internationaux en offrant aux entreprises étrangères des subventions et des aides administratives à l’installation et à l’exploitation dans un nombre restreint d’espaces centraux (les mêmes que ceux concernés par le zonage des URUDAs). Deux ans plus tard, en 2013, Tokyo remporte la compétition pour l’organisation des Jeux olympiques de 2020, en défendant un plan d’aménagement dans lequel la plupart des infrastructures olympiques se trouve située dans ou à proximité immédiate des URUDAs de la renaissance urbaine.

En tant que nouveau dispositif, les URUDAs ont joué un rôle d’accélérateur et de facilitateur de la régénération urbaine, voire parfois un rôle d’initiateur. Dans cette présentation, l’auteur fait l’hypothèse que la nature hautement sélective et réduite à quelques espaces urbains de la renaissance urbaine a conduit à faire émerger une ville à deux vitesses, appelant à y débattre la pertinence de ce que David Harvey appelle le fix spatial (spatial fix), à savoir une solution spatiale temporaire adoptée par les acteurs de l’aménagement pour sauver leurs actifs d’une spirale déflationniste. Dans le contexte d’une raréfaction des ressources, les URUDAs ont conduit à la sur-concentration des investissements dans un nombre réduit d’espaces, au détriment du reste de la ville, réaménagement la métropole en points chauds et en points froids.

Cette accumulation inégalitaire de ressources, via plusieurs dispositifs successifs de zonage, a été renforcée dans les années 2010 avec l’arrivée des Jeux olympiques et paralympiques de Tokyo. Du point de vue des logiques à l’œuvre dans un fix spatial, les Jeux olympiques et paralympiques ont généré un effet additionnel de fix avec la délimitation formelle d’un horizon temporel aux investissements privés et à l’action publique impliqués dans la renaissance urbaine de Tokyo. Une seconde hypothèse postule alors l’idée que les Jeux olympiques et paralympiques ont opéré un glissement des incitations à l’accumulation urbaine du capital, d’une dimension spatiale à une dimension temporelle, accélérant la concentration spatiale de l’inégale accumulation capitalistique dans quelques espaces centraux de Tokyo.

Cette présentation examinera la continuité supposée entre les années 2000 (celles de la renaissance urbaine) et les années 2010 (celles de l’attraction de sièges régionaux et de l’aménagement olympique) et discutera de la pertinence du concept de spatial fix au cours de ces deux décennies d’intense régénération urbaine à Tokyo.


Biographie de l'intervenant :

Raphaël Languillon-Aussel est chercheur à l’Institut français de recherche sur le Japon (Maison franco-japonaise, UMIFRE 19) de Tokyo. Il est aussi chercheur associé à l’Université de Genève. Docteur en géographie et aménagement, il conduit des travaux sur les impacts socio-économiques et urbanistiques des Jeux olympiques et paralympiques, sujet pour lequel il a été récipiendaire du Programme des bourses de recherche olympique avancée du Centre d’Etudes olympiques en 2017.


Références pour la conférence :
- ARRIGHI Giovanni, 2006, Spatial and Other “Fixes” of Historical Capitalism, in Chase-Dunn C. & Babones S. J., Global Social Change. Historical and Comparative Perspective, Baltimore, The John Hopkins University, Press, pp. 201-212.
- BOURDIER Marc & PELLETIER Philippe (dir.), 2000, L’Archipel accaparé. La question foncière au Japon, Paris, Éditions de l’École des Hautes Études en Sciences Sociales, 310 p.
- FUJII Sayaka, ARITA Tomokazu & OMURA Kenjiro, 2006, The Impact of the “Urban Renaissance” Policy in Japan: the Analysis of Deregulation in the Building Standard Law of Japan, Proceedings of International Symposium on Urban Planning, pp. 451-461.
- HARVEY David, 2001, Globalization and the “Spatial Fix”, Geographishe Revue, 2, pp. 23-30.
- JESSOP Bob, 2008, Spatial Fixes, Temporal Fixes, and Spatio-Temporal Fixes, in Castree N. et Gregory D., David Harvey: A Critical Reader, Londres, Blackwell Publishing, pp. 142-166.
- KUBO Tomoko, 2014, Super High-Rise Condominium Development in the Tokyo Bay Area and their Residents’ Lives , Chiri, 59-4, pp.23-31.
- LANGUILLON-AUSSEL Raphaël, De la renaissance urbaine des années 2000 aux Jeux olympiques de 2020 : retour sur vingt ans d’intense spatial fix à Tokyo, Ebisu, 55. URL : http://journals.openedition.org/ebisu/2324
- MOLOTCH Harvey, 1976, The City as a Growth Machine: Toward a Political Economy of Place, American Journal of Sociology, 82-2, pp. 309-332.
- SAITO Asato, 2003, World City Formation in Capitalist Developmental State: Tokyo and the Waterfront Sub-centre Project, Urban Studies, 40-2, pp. 283–308.


Publications de l'intervenant (sélection) :
- Languillon R., 2021, Le report des JO de Tokyo 2020 : des conflits d’aménagement à la crise sanitaire, Métropolitiques. URL : https://metropolitiques.eu/Le-report-des-JO-de-Tokyo-2020-des-conflits-d-amenagement-a-la-crise-sanitaire.html
- Cöen A., Languillon R., Simon A. et Zaiter S., 2020, Financialisation and participation in the metropolisation dynamics of European listed property companies, Journal of European Real Estate Research, Vol. 13 No. 2, pp. 223-242 URL : https://www.emerald.com/insight/content/doi/10.1108/JERER-10-2019-0035/full/html?skipTracking=true
- Languillon R., 2018, De la renaissance urbaine des années 2000 aux Jeux Olympiques de 2020 : retour sur vingt ans d’intense spatial fix à Tokyo, Ebisu, n°55, pp. 25-58. https://journals.openedition.org/ebisu/2324
- Languillon R., 2017, Villes verticales et capitalismes urbains : économie politique de la grande hauteur au « stade Dubaï » des relations capital-urbanisation, Géographie et Culture, n°102, pp. 31-53. URL : https://journals.openedition.org/gc/5245
- Languillon R., 2017, Verticalisation des quartiers d’affaires et maturité urbaine à Tokyo, Géocarrefour, n°91-2. URL : https://geocarrefour.revues.org/10122
- Languillon R., 2017, Tokyo, ville globale olympique : de l’échec du projet de 2016 au succès de la candidature de 2020, Géoconfluences. URL : http://geoconfluences.ens-lyon.fr/informations-scientifiques/dossiers-regionaux/japon/articles-scientifiques/jeux-olympiques-tokyo
- Languillon R., 2017, La Bulle spéculative des années 1985-1991 et ses effets dévastateurs dans les régions urbaines japonaises, Géoconfluences. URL : http://geoconfluences.ens-lyon.fr/informations-scientifiques/dossiers-regionaux/japon/corpus-documentaires/bulle-speculative
- Languillon R., 2015, The Tokyo skyline, or the hidden order behind opportunistic construction, Metropolitics. URL : http://www.metropolitiques.eu/The-Tokyo-skyline-or-the-hidden.html
- Languillon R., 2014, The burst bubble and the privatisation of planning in Tokyo, Metropolitics.
URL : http://www.metropolitiques.eu/The-burst-bubble-and-the.html


Voir le programme des conférences de novembre-décembre de la Chaire

Informations sur la Chaire conjointe de recherche Université d'Ottawa - Ecole urbaine de Lyon (Université de Lyon) sur l'urbain anthropocène : https://sciencessociales.uottawa.ca/cua/