Patricio Guzman : « La matière des objets est un excellent moyen d’expression pour le documentaire »

À l’occasion de la sortie en salle, le 30 octobre 2019, de La Cordillère des songes, entretien pour l’Ecole Urbaine de Lyon avec le réalisateur Patricio Guzman, Oeil d'Or du documentaire au Festival de Cannes 2019.

LT : Au début de La Cordillère des songes, le narrateur, auquel vous prêtez votre voix, déclare : « Lorsque nous étions jeunes, la Cordillère n’était pas assez révolutionnaire pour nous ». Effectivement, jusqu’à ce que vous commenciez la trilogie commencée avec Nostalgie de la lumière et qui se conclut avec La Cordillère des songes, votre travail cinématographique se concentrait plus exclusivement sur la dimension sociale de l’histoire chilienne. Pourriez-vous ainsi revenir sur la manière dont les éléments naturels ont fait leur entrée dans votre œuvre ?

Patricio Guzman : Avant l’arrivée de Salvador Allende au pouvoir en 1970, la Cordillère est simplement là, c’est un accident. Puis elle commence à se doter d’une signification, elle fait partie de l’ambiance du pays, des auteurs comme Angel Parra la convoquent dans leurs chansons. Je ne saurais expliquer véritablement pour quelle raison. Ce que je sais, c’est que dans le projet de La Bataille du Chili, qui montre l’expérience du gouvernement Allende et de l’Unité Populaire au jour le jour avant le coup d’État qui porte Pinochet au pouvoir en septembre 1973, j’ai toujours en tête de décrire lentement l’environnement urbain, par exemple en filmant une place, un quartier ou bien encore la Cordillère, qui est comme un mur face à la ville. Mais il y a en permanence quelque chose qui me semble plus important à filmer, un entretien à faire ou une action à suivre, et ce jusqu’au moment où je quitte le Chili et où il n’est donc plus possible de compléter le tournage. Il n’y a ainsi qu’un seul plan où la Cordillère apparaît dans La Bataille du Chili, que je ne trouve pas très réussi...

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