Vous êtes ici : Version française > Media Lab

Yeo Ju Jung, doctorante de l’Université de Tohoku, invitée à l’Ecole Urbaine de Lyon

Entretien avec Yeo Ju Jung, doctorante de l’Université de Tohoku, invitée pour un séjour académique à l’Ecole Urbaine de Lyon, dans le cadre de l’Axe UdL – Japon de l’Université de Lyon (resp. Prof. Jean-Yves Cavaillé).

Propos recueillis par Lucas Tiphine le 12/06/19.

Quel a été votre parcours avant le doctorat ?

Originaire de Corée du Sud, je suis arrivée au Japon en 2001, pour apprendre la langue de manière intensive. Après quelque temps, j’ai décidé de m’installer durablement dans ce pays et j’ai réussi à intégrer l’Université de Tohoku, qui fait partie des cinq meilleures au Japon, afin d’y faire une Licence de sociologie. J’ai, ensuite, exercé différents emplois dans le privé, avant de prendre la décision de retourner dans la même université, pour faire un Master en Études environnementales. À la fin de cette formation, j’ai trouvé un financement de trois ans pour continuer en doctorat. Je suis actuellement en deuxième année !
 

Sur quel sujet portent vos recherches de thèse ?

Je m’intéresse à la manière dont les différences de revenu entre les individus modifient leur vulnérabilité aux catastrophes liées au changement climatique et comment ces inégalités devraient être prises en compte dans les politiques publiques. J’ai choisi comme terrain d’étude le plus grand lagon d’Asie du Sud-Est, située dans la zone de Tam Giang – Cau Hai (Vietnam). Cette zone est particulièrement touchée par l’intensification des phénomènes comme les raz-de-marée, les inondations et l’érosion côtière. J’essaye d’établir, à partir d’entretiens sociologiques, des profils d’habitants, en fonction de leurs représentations du changement global des conditions de vie, de leurs compétences et de leurs stratégies pour s’adapter, ou encore des aides qu’ils voudraient éventuellement obtenir.


Quelle analyse faites-vous pour l’instant de la situation que vous étudiez ?

La croissance économique, la réduction des inégalités et le réchauffement climatique sont étroitement liés. Or, d’après mes premières analyses, l’État vietnamien a plutôt tendance à se concentrer uniquement sur la croissance économique. Par ailleurs, il existe des politiques de déplacement des habitants, depuis les zones côtières les plus vulnérables vers l’intérieur des terres, qui se font non seulement sans concertation avec les populations concernées, mais aussi sans aide véritable pour développer de nouveaux modes de vie. Ainsi, d’anciens pêcheurs peuvent se retrouver à devenir cultivateurs, sans avoir les connaissances préalables, ni le capital pour en faire une source de revenus satisfaisante. Le renforcement de l’accompagnement des habitants, sur le long terme, apparaît ainsi comme essentiel, de même que la décentralisation des moyens de l’État, pour répondre plus efficacement aux problèmes à l’échelle locale.

Photo : Juliana De Noli.