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Alexandra Pech : manger dans la ville anthropocène

En 2018, l'Ecole urbaine de Lyon a soutenu 5 projets doctoraux issus d'établissements de l'Université de Lyon. Interview de Alexandra Pech, doctorante en Anthropologie à l'ENS Lyon, dont le sujet de thèse croise les thèmes d'alimentation et d'anthropocène.

Quel a été votre parcours avant la thèse ? 

Mon parcours universitaire est assez classique. Après un bac littéraire, j’ai décidé de faire une classe préparatoire, car je n’avais pas envie de me spécialiser directement au sortir du lycée. C’est au cours de ces deux années que je me suis découvert une passion pour la question de l’alimentation et de l’agriculture, notamment grâce à une professeure de géographie hors du commun qui m’a transmis son goût pour la « chose alimentaire ». J’ai donc eu envie d’en savoir plus sur l’agriculture et c’est ainsi que j’ai fait ma première expérience de Wwoofing (= travail volontaire dans une ferme), en l’occurrence au Japon. C’est aussi pendant cette classe préparatoire que j’ai réussi à rattacher mon intérêt de longue date pour la compréhension des systèmes de pensée et des cultures non européennes à une discipline identifiable : l’anthropologie. Suite à la prépa, j’ai donc fait une licence d’anthropologie à Paris-Descartes (Paris V), puis j’ai décidé de croiser mes deux centres d’intérêt qu’étaient l’alimentation et l’anthropologie en m’inscrivant au master Environnement Dynamiques des Territoires et des Sociétés (EDTS) du Muséum d’histoire naturelle de Paris, mention « anthropologie de l’environnement ». Pour mon stage de recherche de fin d’études, j’ai eu l’opportunité de partir trois mois dans une communauté périurbaine d’Amazonie équatorienne, dans la province du Napo, afin d’étudier le modèle alimentaire local dans le cadre d’un projet d’éducation nutritionnelle. Cela a été pour moi une expérience très forte qui m’a donné envie de poursuivre la recherche en doctorat. Après mon master, j’ai pris une année « off » pour construire un projet de recherche, avec une de mes encadrantes de thèse actuelle, qui s’est concrétisé par l’obtention d’un contrat doctoral à l’École urbaine de Lyon !


Sur quel sujet de thèse travaillez-vous ? Autour de quels enjeux et quels objectifs ?

Depuis octobre 2018, je mène une recherche qui mêle géographie et anthropologie autour de la notion d’« environnement alimentaire » des adolescents. Plus précisément, je m’intéresse à la manière dont différents espaces s’entrecroisent dans la vie d’un adolescent et viennent influencer ses pratiques alimentaires, que ce soit l’espace familial, amical, scolaire, médiatique, etc. Pour mener cette recherche, je travaille à partir du Projet Marguerite, une initiative pédagogique autour de l’alimentation et de l’agriculture, déployée dans plusieurs collèges de la région lyonnaise et à l’étranger. Je travaille plus particulièrement dans deux collèges, à Vaulx-en-Velin et à Ambérieu-en-Bugey et prochainement à Mexico (Mexique), où j’anime des séances de recherche-action en classe, en collaboration avec des enseignantes qui participent au projet Marguerite. Dernièrement par exemple, j’ai mené une séance autour de la publicité alimentaire et j’ai demandé aux élèves de prendre des Selfood, sorte de portraits alimentaires, dans la continuité de la démarche d’une enseignante de SVT de Vaulx-en-Velin qui avait lancé cette idée l’année dernière.

L’enjeu de ce travail est de mieux comprendre quels sont les différents facteurs qui influencent les pratiques alimentaires des adolescents, période de la vie qui fait l’objet de nombreuses préoccupations de la part des services de santé et plus généralement dans l’opinion publique.
De manière plus générale, l’alimentation et l’agriculture étant des enjeux majeurs de l’Anthropocène, ce travail de recherche interroge le rôle des pédagogies comme leviers de transformation face aux bouleversements de cette « nouvelle ère ».
Au-delà d’une meilleure compréhension de ce qui influence les habitudes alimentaires des adolescents, l’objectif de cette recherche est de produire un outil d’aide à la décision pour réunir autour de la table ceux qui font l’environnement alimentaire des adolescents : commerçants, parents, politiques, enseignants, adolescents eux-mêmes etc.


En quoi consiste plus globalement ce projet Marguerite auquel vous participez ?

Il s’agit d’un projet multifacette, initié en 2013 à l’ENS de Lyon, dont l’École Urbaine de Lyon est partenaire, dans le cadre du laboratoire Environnement Ville Société, par la géographe Julie Le Gall - également l’une de mes encadrantes de recherche - et par Myriam Laval, enseignante d’histoire-géographie au collège Elsa Triolet à Vénissieux. Il se concrétise, à la fois, par un réseau pédagogique pour les élèves et enseignant.e.s du secondaire, et par un projet de recherche-action qui réunit enseignants du secondaire, chercheurs et étudiants. L’idée principale de ce projet est de proposer aux élèves du secondaire une éducation « agri-alimentaire », c’est-à-dire une sensibilisation non seulement à la dimension nutritionnelle de l’alimentation, mais surtout à sa dimension systémique : lien entre le champ et l’assiette, ou mieux, de la graine à l’estomac. L’autre idée-force de ce projet est la justice alimentaire, l’accès à une alimentation et une agriculture de qualité à toutes et tous, à partir de l’établissement scolaire. Depuis six ans qu’il existe, le projet se diffuse en France et à l’étranger et a récemment reçu un prix du Programme national pour l’alimentation (PNA) dans la catégorie « essaimage ». En matière d’actualité, en juin prochain, aura lieu le 3e Congrès Marguerite à l’Ifé que je suis chargée d’organiser, et qui rassemblera une centaine d’élèves, ainsi que des enseignants du réseau, autour d’un débat préparé en amont avec des associations de la région lyonnaise. Cela promet d’être un grand moment !


Quelles opportunités scientifiques et de formation apporte l’École Urbaine de Lyon  ? 

Outre la formation doctorale « Compétences complémentaires en études urbaines anthropocènes », l’EUL offre à ses doctorant.e.s de nombreuses opportunités d’acquérir des compétences valorisantes à l’intérieur et à l’extérieur du monde de la recherche. À titre personnel, en plus des multiples conférences scientifiques proposées par l’EUL auxquelles j’ai pu assister, j’ai eu l’occasion d’intervenir lors d’un débat public aux Archives municipales de Lyon et d’animer également un plateau-radio lors du festival « A l’école de l’anthropocène » en janvier dernier. J’en animerai un nouveau, le 12 juin prochain, dans le cadre des Mercredis de l’Anthropocène, sur le thème de l’agriculture urbaine, avec Claire Delfosse, géographe, professeure à l’Université Lumière Lyon 2, directrice du Laboratoire d’Etudes Rurales et Augustin Rosenstiehl, architecte, cofondateur de l’agence SOA. Dans l’optique d’après-thèse, l’EUL accompagne aussi ses doctorant.e.s dans la constitution d’un e-portfolio de compétences.


Où vous voyez-vous après la thèse ?

L’après-thèse est encore assez flou pour moi… Ce que je sais, c’est que j’aimerais travailler autour de projets d’éducation à l’alimentation et à l’agriculture, et je me laisse un peu le temps pour réfléchir à la forme que cela pourrait prendre concrètement. Je vois aussi le doctorat comme un tremplin par les opportunités de rencontre et de développement de compétences qu’il permet.

Propos recueillis par Anne Guinot. Photo : Juliana De Noli. 

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Alexandra PECH, ENS Lyon, ED 483 Sciences sociales
Sujet de thèse : "Nourrir la ville de l’anthropocène, manger dans la ville de l’anthropocène : le fait agricole et alimentaire pour comprendre, faire comprendre et accompagner les transitions de l’urbain anthropocène. Etude à partir d’un dispositif pédagogique déployé dans les régions métropolitaines de Lyon et Mexico".

Plus d’informations sur le projet Marguerite, site Graines d’explorateurs : http://grainesdexplorateurs.ens-lyon.fr/projets-en-cours/agriculture-et-justice-alimentaire
Projet Marguerite
Projet Marguerite

Plus d’informations sur les selfood : http://geoconfluences.ens-lyon.fr/informations-scientifiques/a-la-une/carte-a-la-une/global-selfood


Parcours de docteurs : quel métier après la thèse ?

À l’occasion de la parution de l’Arrêté du 22 février 2019, définissant les compétences des diplômés du doctorat et inscrivant celui-ci au répertoire national de la certification professionnelle, l’École Urbaine de Lyon pose la question des parcours pour les docteurs en dehors de l’Université.

Voir le témoignage de Chloë VOISIN-BORMUTH