"Le Petit manuel de collapsologie de Pablo Servigne et Raphaël Stevens (Le Seuil, 2015) : approximations scientifiques et capitalisme vert." Par Philippe Pelletier, Professeur à l'Université Lumière Lyon 2

Philippe Pelletier, Professeur de Géographie à l'Université Lumière Lyon 2, propose une invitation au débat sous la forme d'une lecture critique de l'ouvrage de Pablo Servigne et Raphaël Stevens : "Comment tout peut s’effondrer, petit manuel de collapsologie à l’usage des générations présentes" paru au Seuil en 2015 et qui, depuis l'été 2018, n'a pas quitté la liste des meilleures ventes en librairie dans la catégories "Essais et documents".

Introduction :

 

Le monde actuel irait vers un effondrement généralisé (collapse en anglais). Telle est l’idée avancée par les auteurs de Comment tout peut s’effondrer, petit manuel de collapsologie à l’usage des générations présentes (1), lequel se présente comme un « rassemblement de travaux épars » pour « nous éclairer sur ce qui nous arrive et qui pourrait nous arriver, c’est-à-dire donner un sens aux évènements », et pour savoir s’il est « possible de vivre un effondrement “civilisé” » (2). Ce livre constitue désormais un ouvrage-clef pour les personnes qui se réfèrent à la collapsologie ou qui se considèrent elles-mêmes comme des collapsologues. Au-delà de telle ou telle tendance qui peut exister parmi elles, il résume bien leur démarche, leur analyse et leur vision du monde. Du coup, il est l’objet principal de la réflexion qui suit, ce qui n’exclut pas d’autres références ou compléments.

 

La question environnementale en constitue le cœur. De fait, elle sera la grande problématique du XXIe siècle. Pour la bonne et simple raison que le nombre d’êtres humains continue d’augmenter, avec une stabilisation de 9,8 milliards d’individus pour 2050 selon le scénario médian de la Division de la population des Nations Unies daté de 2015. Et cette croissance démographique pose alors au moins deux questions : celle de la disponibilité en ressources pour vivre et, corollairement, celle de l’occupation de l’espace. Mais le « petit manuel de collapsologie » (PMC) n’aborde la question démographique qu’au milieu de son propos. Il préfère commencer par la question des « limites », en particulier celle des sources en énergie, mettant en arrière-plan seulement la question des pollutions induites. 

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(1) Servigne Pablo, Stevens Raphaël (2015) : Comment tout peut s’effondrer, petit manuel de collapsologie à l’usage des générations présentes. Paris, Seuil, 308 p. Désormais, infra, « le petit manuel » ou « le petit manuel de collapsologie » (PMC).

(2) PMC, p. 20.